Airbus reste zen – La bonne tenue de l’avionneur reste exemplaire

Bien sûr, la crise économique et financière mondiale suscite des interrogations, rien ne dit qu’il ne faudra pas réduire la voilure dans les mois à venir. Mais Airbus n’en affiche pas moins, pour l’instant, une bonne santé éclatante : très exactement 777 avions d’une valeur de 100 milliards de dollars vendus en 2008 et 483 livraisons, un record.
Les annulations enregistrées au fil de ces derniers mois ne sont pas plus nombreuses qu’en période de haute conjoncture. En d’autres termes, c’est «business as usual». Tout irait pour le mieux si le cargo militaire A400M n’était pas devenu le très gros problème que l’on sait.
La réalité est un peu plus nuancée, mais à peine. Pour établir un bilan de l’année dernière et évoquer 2009, l’état-major d’Airbus a choisi d’afficher une tranquille assurance sans doute sincère. Mais n’en a pas moins ostensiblement posé sur la table une splendide boule de cristal, consultée à plusieurs reprises pendant l’exposé, avec un grand sourire, dès qu’il s’agissait d’évoquer l’avenir. Une manière originale de reconnaître que l’industrie des transports aériens traverse en pilotage à vue une zone de fortes turbulences dont on ne voit pas encore la fin.
Les problèmes qui pourraient se poser à l’avionneur européen concernent surtout le financement des ventes. Louis Gallois, président exécutif d’EADS, maison-mère d’Airbus, l’a fait remarquer avec fermeté, il y a quelques jours: «les gouvernements viennent de fortement aider les banques, je ne comprends pas pourquoi on ne trouve pas de financement. Que leur faut-il de plus ?»
Thomas Enders, bronzé, en costume prince de Galles, plus détendu qu’à l’époque de sa prise de fonction, a montré qu’il reste tout à fait zen, tout comme sa garde rapprochée. Reste qu’il faut bel et bien avoir recours à la boule de cristal pour tenter de prévoir les prises de commandes des 12 prochains mois. John Leahy, tout puissant directeur commercial, finit par lâcher un chiffre ou, plus exactement une fourchette : il espère placer de 300 à 400 avions en 2009.
S’il y arrive, ce sera un succès. Mais Airbus, dans ce cas, vendra cette année moins d’avions qu’il ne s’apprête à en produire, environ 500. Ce n’est pas vraiment un sujet de préoccupation quant on sait que le carnet de commandes est fort de 3.715 appareils, sept ans et demi de travail en supposant que le rythme actuel des fabrications soit maintenu. Tout au plus est-il question de ramener la famille A320 à 30 exemplaires par mois, au lieu de 36 (mais il s’en est vendu 472 au cours des 12 derniers mois, à quasi égalité avec 484 Boeing 737 placés au cours de la même période). On remarque aussi le grand retour du gros A330, dont les ventes sont soutenues.
Tom Williams, directeur des programmes, est zen, lui aussi, tout en laissant entendre qu’il dispose dans ses tiroirs d’un plan de travail qui permettrait si nécessaire de freiner des quatre roues. Mais, s’empresse-t-il d’ajouter, Airbus a déjà traversé d’autres cycles bas et il ne faudrait surtout pas réagir avec excès.
De plus, Airbus espère que le développement de ses activités militaires l’aidera progressivement à dépendre moins directement des caprices de la conjoncture. Les perspectives ne manquent pas, outre l’A400M. Thomas Enders fait remarquer, le sourire en coin, que le ravitailleur en vol dérivé de l’A330 est le meilleur de tous, la preuve étant qu’il a été choisi par la plus puissance des armées de l’Air, celle des Etats-Unis. Bien sûr, dit-il, le contrat a été annulé mais Airbus fera tout pour le remporter une deuxième fois, après la nouvelle compétition attendue pour bientôt.
Reste à savoir si l’Air Force One de Barack Obama pourrait être, à terme, un A380. Il est trop tôt pour évoquer l’appel d’offres du Pentagone et, à vrai dire, il vaudrait peut-être mieux en parler le moins possible. Ce n’est plus la peine de souligner qu’Airbus a le vent en poupe, bénéficie d’une image solide et se porte mieux que son grand rival Boeing. On peut le comprendre, c’est une réalité industrielle qui préoccupe les Américains.
Pierre Sparaco – AeroMorning

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