André Turcat icarisé

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Le prix Icare décerné au célèbre pilote d’essais André Turcat

André Turcat est le lauréat 2013 du prix Icare de l’Association des journalistes professionnels de l’aéronautique et de l’espace (AJPAE). Une distinction hautement symbolique, un peu tardive, attribuée à un homme de culture tout autant que grand pilote qui a marqué son temps. Le voici en bonne place sur la liste prestigieuse des hommes et des femmes dont l’AJPAE a tenu à souligner les mérites depuis plus d’un demi-siècle. Une énumération de grands noms parmi lesquels, dans la catégorie particulière des pilotes, on retrouve notamment Jacqueline Auriol, Catherine Maunoury, Charles Goujon, Jean Boulet, René Bigand, Daniel Rastel, Jean-Marie Saget. Des noms qui font surgir de beaux souvenirs en même temps que des points de repère historiques dont on espère qu’ils parlent aux plus jeunes.
Le «problème» de Turcat, si l’on ose dire, est qu’il a vécu plusieurs vies successives. Ce qui revient à dire que limiter sa notoriété à Concorde serait injustement réducteur. Né à Marseille en 1921, neveu de Léon Turcat, constructeur des automobiles Turcat-Méry, il intègre la promotion 1940 de Polytechnique …avec l’ambition de rejoindre les Ponts et Chaussées. Mais, selon ses propres termes, lui qui cultive si bien la dérision, il avoue que «c’est à tout hasard, et pour faire de la technique» qu’il choisit l’armée de l’Air. Précision : «sans avoir jamais vu d’avion».

Evoquer ses débuts exige un effort de mémoire ou, plus simplement, une bonne connaissance de la renaissance de l’aviation française au lendemain de la Seconde Guerre mondiale : lâché sur Morane 315, breveté à Cognac en juillet 1947 sur Arado 96, pilote sur Junkers 52 et Douglas C-47 Dakota, à Orléans puis à Saigon. Puis, en 1950, le grand tournant, à savoir l’affectation au Centre d’essais en vol, le stage EPNER dont il devient directeur deux ans plus tard. La liste des appareils dont il prend alors les commandes revient à évoquer la saga des extraordinaires années cinquante.

Le voici détaché auprès de l’Arsenal de l’Aéronautique, qui deviendra Sfecmas, SNCAN et finalement Nord-Aviation. Turcat entre dans la cour des grands avec les Gerfaut I (premier delta français et Mach 1 en palier en 1954), et Gerfaut II, des records internationaux de vitesse ascensionnelle partagés avec son ami Michel Chalard, Griffon I et II, ce dernier doté d’un statoréacteur, record du monde de vitesse sur circuit fermé de 100 kilomètres. Le voici célèbre, grâce à des démonstrateurs qui auraient mérité une meilleure suite. A deux reprises, Turcat reçoit le prestigieux Harmon Trophy américain.

Arrivé chez Sud-Aviation début 1962, fort d’une expérience unique de la grande vitesse, il est tout désigné pour prendre la responsabilité des essais en vol de Concorde. Déjà reconnu, le voici bientôt médiatisé, dès l’instant du premier décollage du supersonique franco-britannique, le 2 mars 1969. Les moments intenses, les belles rencontres se succèdent alors, à rythme soutenu, jusqu’au départ «en retraite» (les guillemets s’imposent) le 31 mars 1976. Il est temps d’aborder une autre vie, aux formes multiples, qui conduira notamment à la création de l’Académie nationale de l’air et de l’espace, un rôle de «mainteneur» au sein de l’Académie des jeux floraux et un temps important consacré à l’histoire de l’art, ainsi qu’un passage en politique.

On ne l’attendait pas là : Turcat est maire adjoint de Toulouse chargé du logement social, député au parlement européen et rapporteur de la politique spatiale européenne, conseiller de l’Agence spatiale européenne (navette Hermès). Apparaît ainsi l’autre Turcat, honnête homme version XXe/XXIe siècles, dont le monde de l’aviation ignore tout.

Le meilleur reste à venir, un doctorat d’Etat ès-Lettres (histoire de l’art) en 1990. Un parcours émaillé de solides publications, dont deux volumes consacrés à Concorde, références absolues en la matière, mais aussi des textes tout autres, par exemple celui consacré à Etienne Jamet, sculpteur français de la Renaissance. Ou encore un texte détaillant l’origine des chars rupestres sahariens, comme pour mieux souligner l’art du contraste.
Le prix Icare de Turcat métrite d’être qualifié d’exceptionnel, à l’image d’un homme hors du commun, illustration brillante d’une époque qui fait bel et bien partie de l’Histoire.
Pierre SparacoAeroMorning

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