Les défis de la digitalisation

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Le secteur de l’Aéronautique et de la Défense face aux montées en cadence, à l’émergence de nouveaux acteurs et aux défis de la digitalisation

 

Selon l’étude annuelle réalisée par AlixPartners, les 100 premières sociétés ont affiché des résultats record en 2015, mais des difficultés opérationnelles s’accumulent dans l’aéronautique civile et ainsi que les défis stratégiques, dont la digitalisation

 

 

PARIS, (le 6 juillet 2016) – L’industrie mondiale de l’Aérospatiale et de la Défense a connu un nouveau record avec une marge opérationnelle de 10,1% pour les 100 plus grandes entreprises et des ventes en hausse de 3%, selon l’étude annuelle du cabinet international de conseil AlixPartners publié en amont du salon biannuel de Farnborough.

 

Les fondamentaux de l’industrie restent sains, avec des profits record pour les compagnies aériennes en 2015, mais AlixPartners a identifié de nouveaux défis pour la filière.

La chaîne d’approvisionnement des avions commerciaux est tendue, les carnets de commandes dans l’aviation commerciale risquent de subir une certaine érosion, et des facteurs macro-économiques clefs pourraient se retourner. Par ailleurs, de nouveaux acteurs disruptifs du spatial et la numérisation des grands acteurs historiques de l’industrie sont des challenges supplémentaires et bien réels.

 

L’étude mondiale d’AlixPartners révèle que les acteurs américains ont une rentabilité supérieure de 4% à leurs homologues européens.

Les fournisseurs ou équipementiers sont également 4 à 5% plus rentables que leurs clients donneurs d’ordre. La bonne performance financière du secteur se traduit dans une valorisation boursière sectorielle de l’A&D qui a progressé près de 2 fois plus vite que le marché au cours des 10 dernières années.

 

Les fusions et acquisitions ont poursuivi leur reprise observée depuis 2012, avec 41 milliards $ en valeur – chiffre qui a doublé par rapport à 2012. L’année a été marquée par l’acquisition de Précision Cast Parts par Berkshire Hathaway pour 37 milliards de dollars, la première de Warren Buffett dans un secteur qu’il avait jusqu’à présent délaissé. Les valorisations restent supérieures à 10 fois l’EBITDA avec une forte différence entre les segments, mais les tendances restent positives dans la défense pour les segments en croissance (UAV, cyber-sécurité,..), en mutation stratégique comme le spatial ou nécessitant une consolidation (aérostructure, MRO).

 

Le secteur A & D dans son ensemble est en retard sur d’autres secteurs tels que le commerce de détail ou les services bancaires en termes de transformation numérique.

Certains acteurs clés, tels que General Electric – qui met le digital industriel au cœur de sa stratégie –   et plusieurs « disrupteurs » (Google, SpaceX) ouvrent pourtant la voie. La transformation numérique est un vrai défi pour les entreprises du secteur, compte tenu des flux de données massifs générés par une flotte sans cesse croissante d’avions commerciaux, associée aux nouvelles technologies embarquées et à la connectivité accrue à bord des appareils.

 

Cependant, nous croyons que l’un des défis clés de la transformation numérique dans l’industrie réside dans la difficulté de transformer les grandes organisations formées d’ingénieurs historiquement focalisés sur les produits, en  fournisseurs de solutions et de services basés sur des solutions logicielles, qui vont de plus en plus apporter fonctionnalités et performance. De nouvelles méthodes de travail sont nécessaires pour tirer pleinement parti des nouvelles briques technologiques disponibles que sont le big data, la connectivité des aéronefs comme des équipements de production ou encore la fabrication additive.

Par segments de marché, les principaux enseignements sont les suivants :
  • Aéronautique civile: les bénéfices de la filière ont baissé de 11% en glissement annuel à 34 milliards $. Les avionneurs et leurs fournisseurs – équipementiers et motoristes – sont à l’origine de l’essentiel de cette baisse avec une combinaison de difficultés de développement et de ramp-up industriel impactant les résultats.

 

  • Compagnies aériennes : les compagnies aériennes ont bénéficié de la faiblesse du prix du pétrole, qui représente toujours 25% de leurs revenus, contre 33% en 2012, mais aussi de la concentration du marché aux Etats-Unis et des programmes de maîtrise des coûts. Les transporteurs américains sont les grands champions en termes de bénéfices, avec 15% d’EBIT en moyenne, quand ceux du Golfe sont ceux de la croissance alors que les transporteurs européens et asiatiques continuent de subir la concurrence simultanée des compagnies low cost régionales et de l’expansion continue de celles du Golfe.

 

  • Aviation commerciale: les carnets de commandes ont atteint le record de 13 400 avions (à fin 2015), essentiellement des appareils monocouloirs. Le carnet de commandes actuel représente 7 ans de production en prenant en compte les augmentations de cadence prévues. Des tensions importantes sont apparues en 2015 notamment chez des équipementiers de la cabine et des motoristes et ont impacté la livraison de nouveaux appareils.

 

  • Défense: encore très rentable avec une marge opérationnelle de 11% en moyenne pour ses plus grands acteurs, la Défense développe ses exportations pour compenser la baisse des ventes domestiques et la stagnation des budgets. Les dépenses militaires mondiales de 1,770 milliards de dollars ont légèrement diminué par rapport au pic constaté en 2011 (-1,7%), mais ont augmenté de 1% par rapport à 2014. La Chine, la Russie et l’Arabie Saoudite – historiquement des pays à forte croissance – ont vu l’augmentation de leurs budgets se réduire fortement  à seulement 6-7% en 2015. Ce ralentissement risque de se poursuivre dans un contexte de prix du baril bas et de ralentissement économique en Chine. En revanche, les menaces de sécurité sur les Etats occidentaux ont conduit à une inflexion par rapport à la tendance baissière des budgets de défense observée depuis plusieurs années.

 

  • Espace: le marché spatial mondial représente désormais 203 milliards $ (en hausse de 4% en glissement annuel), et le chamboulement causé par les nouveaux acteurs que sont SpaceX et dans une moindre mesure Blue Origin, s’étend aux opérateurs de satellites et aux équipementiers, avec une tendance vers de plus petits satellites et constellations. Le marché des lanceurs spatiaux subit une pression concurrentielle sans précédent avec le succès de SpaceX sur le marché commercial et son accès au marché militaire américain, estimé à 70 milliards $ d’ici à 2030. Les acteurs historiques du secteur doivent repenser radicalement leur modèle en réduisant drastiquement les délais et les coûts entre le développement et la production. L’alliance entre Airbus et Safran pour créer Airbus Safran Launchers comme la fusion entre Orbital et ATK répondent à ce besoin d’optimiser la compétitivité des lanceurs face à la menace SpaceX et d’évoluer vers un modèle plus intégré, plus modulaire pour bénéficier d’effets d’échelle et optimisé dès la conception entre lanceur et système propulsif.

 

  • Hélicoptères : le marché des hélicoptères est en chute libre dû à l’effondrement des prix du pétrole impactant les opérateurs desservant les plates-formes pétrolières, combiné à la contraction des dépenses militaires. Les livraisons, segments civils et militaires confondus, ont baissé de 28%, avec seulement 1.689 enregistrées en 2015 contre un record de 2.336 de 2013. Les bénéfices des 5 premiers équipementiers ont baissé de 13% depuis cette année record et les sociétés de services en souffrent également, comme la faillite de CHC le démontre. Un des acteurs majeurs du secteur a changé de propriétaire cette année Lockheed Martin achetant Sikorsky auprès d’UTC pour 9 milliards $.

 

Alain Guillot, Directeur Général d’AlixPartners et Responsable du département Aéronautique & Défense en France, déclare : « Au cours des douze derniers mois, un certain nombre de facteurs macro-économiques clés ont bénéficié au secteur de l’Aéronautique et de la Défense au niveau mondial. Le renforcement du dollar par rapport à l’euro a bénéficié aux acteurs européens exportant en dollars.. Dans le même temps, l’effondrement du prix du pétrole a permis aux compagnies aériennes d’atteindre des bénéfices records. La demande des compagnies aériennes, en particulier pour les avions monocouloirs moins gourmands en carburant reste forte, exerce une pression sur les avionneurs focalisés sur la livraison de leur carnet de commandes record »

 

« Le secteur A & D est en retard sur le plan de l’industrialisation et l’automatisation par rapport à d’autres secteurs comme celui de l’automobile, et reste à la traîne de nombreuses industries B2C sur la numérisation, avec des dessins de papier encore répandus sur les programmes plus anciens lancés il y a 30 ans. Les entreprises qui se mettent à la digitalisation vont croître plus vite et être plus profitables que celles qui ne le font pas. SpaceX a ouvert la voie à une révolution majeure et est clairement en avance sur ce sujet », souligne Alain Guillot.

 Source: AlixPartners