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Des experts du pilotage réunis à l’Envol des Pionniers pour évoquer l’avenir du métier de pilote

© AeroMorning

Jeudi 7 février, l’Excellence Club Aerospace a rassemblé professionnels de l’industrie et passionnés d’aéronautique à l’Envol des Pionniers de Toulouse, pour sa sixième rencontre. En abordant le thème du pilote de demain, les organisateurs souhaitaient fédérer des acteurs clés du secteur autour d’un sujet plein d’enjeux pour le transport aérien. Le tout dans un lieu mythique et chargé d’histoire.

Quand des acteurs reconnus de l’industrie aéronautique partagent leur vision de l’avenir de la formation des pilotes

Les participants ont pu apprécier les interventions d’un panel d’experts venus spécialement de Paris, Toulouse ou du Royaume-Uni pour apporter un éclairage sur le sujet à travers leur expérience et les recherches de leur entreprise. Airbus, Thales, Collins Aerospace, l’Association des Professionnels Navigants de l’Aviation [APNA], le Centre National de Recherche Scientifique [CNRS] et Mach3 Management ont ainsi présenté les évolutions majeures du métier de pilote.

Jean-Michel Bigarré, directeur des formations pilotes d’Airbus, a amorcé le bal des présentations en décrivant comment l’avionneur se prépare à faire face à la recrudescence phénoménale du besoin en pilotes qui s’annonce. En revenant sur les évolutions du métier depuis les postes de pilotage à cinq navigants jusqu’au futur cockpit mono-pilote, celui-ci a insisté sur la nécessité pour Airbus de former des pilotes compétents.

En outre, même si le pilote de demain pourrait occuper la fonction d’un simple surveillant de systèmes, les fabricants d’avions devront assurer une certaine uniformité dans la qualité des formations à l’échelle mondiale. C’est un besoin auquel Airbus souhaite répondre par la création d’un standard qui lui est propre et qui porte le nom d’Airbus Flight Training Reference. Les critères de ce dernier ont été repris dans la première Airbus Flight Academy ouverte au Mexique l’année dernière et Jean-Michel Bigarré a annoncé qu’une autre école labellisée Airbus ouvrira ses portes à Angoulême en mars.

Jean-Michel Bigarré est venu détailler les ambitions d’Airbus et de son standard de formation à l’échelle mondiale ©Studio-Folies

Afin de répondre au besoin en pilotes évoqué par Jean-Michel Bigarré, les écoles de pilotage professionnelles ne manquent pas. Peu d’entre elles répondent réellement aux exigences de la réglementation Flight Crew Licence (FCL). C’est le constat alarmant fait par l’Association des Professionnels Navigants de l’Aérien qui était représentée par son président Geoffroy Bouvet. Selon ce dernier, trop de formations sont inadaptées aux exigences des compagnies aériennes et poussent les étudiants à s’endetter avant de se retrouver mal préparés face aux sélections.

Pour remédier à celà, le processus de formation des pilotes devrait entièrement être revu, de la sélection au lâcher en ligne. Des critères psychotechniques, psychomoteurs et humains exigés par les compagnies devraient être intégrés afin de préparer les candidats à une carrière de pilote de ligne où les compétences non techniques sont les plus évaluées. L’usage par les écoles de pilotage d’outils utilisés dans les compagnies tels que les REX – Retours d’EXpérience des pilotes – ou les CIRP – Critical Incident Response Program – devrait largement y contribuer. P

Former les pilotes d’aujourd’hui ne dépend pas seulement de la façon dont les cockpits de demain seront conçus, mais concerne aussi l’adaptation à la nouvelle génération d’étudiants. C’est une thèse qu’est venu soutenir Serge Gourlaouen, chercheur au CNRS et président d’Air Paris Training Academy. D’après ce dernier, les méthodes d’entrainement des futurs navigants devront être en adéquation avec une génération d’apprentis élevés à la tablette et au smartphone. 

Serge Gourlaouen est depuis récemment investi la gestion de Paris Air Training Academy, école de pilotage professionnelle basée à Tours ©Studio-Folies

A quoi ressembleront les cockpits de la prochaine génération d’avions ?

A la suite des trois premières interventions, la soirée s’est enchainée sur un deuxième temps fort, consacré à des sujets plus techniques. Didier Poisson, pilote d’essais et responsable certifications chez Thalès, a présenté les dernières innovations de son entreprise en matière de réalité augmentée et de vision synthétique pour les cockpits. Des technologies de pointe qui équipent ou équiperont les avions d’Airbus et qui contribuent à améliorer le travail des navigants dans leur gestion de la trajectoire de l’avion.

D’après les propos du pilote d’essais, deux philosophies s’opposent aujourd’hui quant à la place que doivent occuper ces derniers dans des cockpits de plus en plus automatisés : certains soutiennent que la fonction du pilote doit progressivement être inhibée, tandis que d’autres pensent qu’il est impératif de le maintenir dans la boucle du pilotage, par la simplification de cette tâche. Une dernière école dont Didier Poisson fait partie et qu’il défend en s’impliquant dans le développement d’outils conçus pour garder le pilote maître de son avion dans toutes les situations du vol : l’Ehanced Flight Vision System et le Synthetic Vision System ou le Head Worn Display (un affichage tête-haute qui projette les informations sur une lunette que le pilote a sur sa tête).

Le Head Worn Display conçu par Thales fait partie des technologies dont les pilotes de demain pourraient s’équiper ©Thales

Toujours dans un registre technique, Laurent Audounet est venu partager la vision de Collins Aerospace quant au potentiel de la transmission de données pour améliorer le pilotage d’avions. La filiale du groupe UTC est en effet à l’origine de nombreuses innovations qui vont en ce sens, à l’image de FOMAX. Connue aussi sous le nom de Flight Operations and MAintenance EXchanger, cette technologie est dédiée à l’amélioration des performances des compagnies aériennes par l’acquisition et l’envoi massifs de données.

En traitant ces données et en les rendant directement accessibles aux pilotes, les compagnies aériennes pourront voir leurs performances opérationnelles améliorées : anticipation des opérations de maintenance, optimisation des trajectoires, améliorations des moyens d’affichage cockpits …

Laurent Audounet est chef ingénieur avioniques chez Collins Aerospace ©Studio-Folies

Les pilotes de combat aussi concernés par l’évolution technologique

Par une présentation très imagée, Pierre-Henri Chuet est venu représenter la composante militaire de la conférence-débat. L’ancien pilote de l’Aéronavale a souhaité démontrer le fossé technologique qui existe entre le cockpit d’un chasseur de troisième génération et le Rafale, chasseur de quatrième génération. Avec ce dernier, quatre types d’avions ont été remplacés et son pilote est devenu responsable d’une multitude de missions autrefois réservées à plusieurs combattants : air-air, air-sol, air-surface, attaque nucléaire, etc.

Avec des appareils modernes dont le pilotage a été simplifié, la mission du pilote de chasse moderne relève aujourd’hui de celle du gestionnaire d’un système d’armes complexe. L’appontage sur un porte-avions n’est toutefois jamais acquis, comme le rappelait Pierre-Henri Chuet en affirmant qu’il avait déjà dû s’y reprendre à neuf fois avant de se poser sur un navire. Les automatismes n’étaient alors d’aucun secours …

Pierre-Henri Chuet présentant l’un des avions qu’il a piloté lors de démonstrations aériennes ©Studio-Folies

L’Excellence Club Aerospace : des rencontres d’experts au service des affaires

Pour accompagner les exposés, des temps d’échanges ont permis aux participants de profiter d’un cocktail dînatoire pour poursuivre les conversations et aller à la rencontre des intervenants. De nombreuses rencontres ont été rendues possibles par ces instants conviviaux dédiés notamment au réseautage.

De l’avis des personnes présentes, cette conférence-débat était l’occasion de bénéficier d’un éclairage sur les possibles voies d’évolutions du métier de pilote : les thèmes de la formation, des cockpits et des avions de combat ont ainsi été abordés pour offrir un tour d’horizon complet des différentes facettes de la profession. Professionnels et simples passionnés d’aéronautique ont pu prêter une oreille attentive à l’avis de grands spécialistes sur un sujet clé du transport aérien.

Un cocktail dînatoire a accompagné les temps d’échanges de la conférence-débat ©Studio-Folies
De gauche à droite : Loïck Laroche-Joubert (animateur et responsable de projet à l’Excellence Club), Pierre-Henri Chuet, Laurent Audounet, Nadia Didelot (directrice et fondatrice de l’Excellence Club), Didier Poisson, Serge Gourlaouen et Geoffroy Bouvet ©AeroMorning

Fondé à Toulouse en avril 2018, l’Excellence Club Aerospace est le Club d’affaires du journal aéronautique en ligne AeroMorning. Avec une dimension résolument internationale, ses contributeurs souhaitent permettre la création de rencontres fructueuses entre acteurs de l’industrie lors d’événements conviviaux. Tables rondes et conférences-débats rassemblent ainsi plusieurs fois par an les meilleurs experts de l’aérospatiale autour de thèmes en lien avec l’innovation, l’actualité et l’excellence aéronautique.

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