La Chine ferait-elle peur aux Etats-Unis ?

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En tout juste un mois, la Chine a franchi trois étapes majeures de son développement aéronautique.

Certaines ont fait la une des informations telles que la sortie de son hangar (le roll-out ainsi que le disent les anglo-saxons) du moyen-courrier C919 le 2 novembre, suivi le 1er décembre de la livraison à Chengdu Airlines du premier avion régional chinois, l’ARJ21.

Un troisième appareil n’a pas connu à ce jour une telle retombée médiatique. Il s’agit du biplace RX1E qui a reçu le 3 décembre de la part des autorités chinoises son agrément de production. Pourquoi mettre l’accent sur un biplace léger direz-vous ? Tout simplement parce qu’il s’agit d’un appareil électrique et qu’il marche sur les plates bandes de bien d’autres projets existants au monde dont l’E-Fan du groupe Airbus. Il n’est donc pas le seul sur ce terrain. Outre l’E-Fan qui, rappelons-le, a traversé la Manche sur les traces de Blériot à l’été 2015, il existe aussi l’Allemand Electra One qui a fait son premier vol en 2011 ou encore le Taurus Electro lancé en 2007 et qui est déjà commercialisé à raison d’environ 20 exemplaires par an. En fait, la liste des avions légers « électriques » est longue d’une douzaine de noms.

L’arrivée sur le marché de ces trois appareils confirment, s’il le fallait encore, la volonté du gouvernement chinois de faire passer son industrie aéronautique au niveau mondial et de lui faire jouer un rôle qui semble inquiéter peu ou prou les industriels occidentaux au nombre desquels les Américains.

Certes, ce n’est probablement pas le lancement de la production de série de l’avion léger électrique RX1E qui fait trembler l’Amérique, mais c’est peut-être ce petit appareil qui aurait reçu déjà 28 commandes, qui pourrait avoir fait déborder la coupe. A tel point que Washington a décidé de taper du point sur la table en prenant les devants, c’est-à-dire en accusant la Chine de ne pas respecter les accords financiers qui règlent les exportations et importations de biens manufacturés.

Aussi, le 8 décembre, le bureau du commerce américain (USTR) a déposé une plainte auprès de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) contre la Chine qu’elle accuse de ne pas appliquer la TVA sur les produits fabriqués en Chine alors qu’elle l’applique sur les produits importés. Bien évidemment cela concerne les aéronefs qui se surenchérissent donc de 17 % (taux officiel de la TVA pour le secteur aéronautique) dès lors qu’ils entrent sur le territoire chinois. Cela rend d’autant plus attractifs les avions produits en Chine.

Ce n’est donc probablement pas le RX1E ou même l’avion régional ARJ21 qui posent problèmes aux Américains. C’est surtout le premier vol (qui a pris de nombreux mois de retard) du C919 qui les inquiète. Car cet appareil s’insère parfaitement dans le créneau des avions monocouloirs que vise non seulement les Etats-Unis avec la famille des Boeing 737 que l’Europe avec les Airbus A320 (dont 4 par mois sont d’ailleurs assemblés en Chine). Le Comac C919 capable de transporter 268 passagers, mais qui n’a donc pas encore réalisé son premier vol, affiche malgré tout un carnet de commandes de 517 appareils.
Sur les 20 prochaines années, Boeing estime que la Chine aura un besoin de 4 630 avions monocouloirs de ce type et comptait bien se partager ce marché avec son concurrent Airbus (puisque bon an mal an, ils sont au coude à coude). Airbus et l’Europe qui ont déjà eu à subir il n’y a pas si longtemps le joug des Etats-Unis qui les accusaient, via l’OMC, d’avoir mis en place un système de subventions illicites alors même qu’il s’agissait de subventions remboursables.

Certes les mesures économiques et les règles qui ne sont pas appliquées de la même manière par tous les pays du Monde faussent la concurrence, ce qui justifie que l’on puisse s’insurger contre de telles pratiques. Par contre, il est fort à parier que les « procès », fussent-ils intentés par l’OMC, n’auront que peu d’influence sur les capacités d’un pays à développer une industrie lorsque celui-ci a décidé de le faire. Nous verrons bien si dans un avenir qui semble proche, de telles actions sont aussi prises vis-à-vis de la Russie qui rencontre un réel succès avec son SSJ-100 et qui promet d’attaquer le marché avec le MC-21 d’Irkut. Il a pris tout de même beaucoup de retard mais il arrivera un jour.

Nicole Beauclair pour AeroMorning

avion chinoisCrédit Photo Comac

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