Les lanceurs réutilisables américains défient Ariane

La-chronique-AeroMorning.comChronique Nicole Beauclair
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Lanceurs spatiaux

Ce n’est pas encore demain que l’Humain aterrira sur la planète Mars tant convoitée, cependant l’aventure spatiale se poursuit à pas cadencés. Car au-delà de ces missions lointaines sur lesquelles travaillent des centaines d’ingénieurs au Monde, et qui conduisent à des innovations incommensurables, un domaine reste l’idée fixe d’une poignée de visionnaires fortunés. Il s’agit du tourisme spatial.

 

Les projets avancent à pas de géant. En tout juste 4 mois, la compagnie Blue Origin a réussi pour la troisième fois successivement le 2 avril à lancer la même fusée New Shepard et à la récupérer à chaque fois. Ce n’est pas tout puisqu’à son apogée New Shepard a largué sa capsule sensée transporter des passagers ou des instruments d’expérimentation scientifique et à la récupérer au sol. C’est ce qu’on appelle un lanceur réutilisable ce qui doit offrir un meilleur accès à l’espace puisqu’en réutilisant le lanceur il est possible de diminuer les coûts. Trois tentatives, trois réussites pour Jeff Bezos, patron d’Amazon.com, qui a créé Blue Origin en 2000.

 

D’autres projets tout aussi ambitieux poursuivent leur chemin même si leur progression est retardée par un accident comme ce fut le cas du véhicule spatial expérimental SpaceShipTwo en octobre 2014 et qui s’est écrasé tuant un de ses pilotes. Cependant, le porteur du projet, le milliardaire Richard Branson n’a pas baissé les bras. En février dernier il a présenté un nouvel avion suborbital dénommé VSS Unity pour Virgin SparShip Unity, dont le cockpit intègre des sécurités supplémentaires afin d’éviter de nouvelles erreurs de pilotage, et qui reste fidèle à une motorisation hybride.

La construction de ce nouveau véhicule se fera par The Spaceship Company, filiale de Virgin Galactic, et non plus comme par le passé par Scaled Composites.

A l’heure actuelle, aucune date n’a été dévoilée quant au premier vol de ce nouveau véhicule spatial suborbital. Mais il est évident que le projet a pris du retard, et que le bouillonnant patron de Virgin doit piaffer, car il est supposé avoir déjà reçu près de 700 réservations pour participer à une telle épopée de vol touristique spatial, et déjà, après l’accident, certains participants potentiels s’étaient rétractés.

 

Une chose est certaine, c’est que le développement de tels lanceurs spatiaux qui ne doivent pas franchir, ou très peu, l’altitude des 100 km, représentant la ligne de Kármán définissant la frontière entre la Terre et l’espace au-delà de laquelle il est possible de placer en orbite des satellites, permet de faire avancer les technologies.

Ne serait-ce que par le fait que les capsules ou avions spatiaux doivent revenir sur terre avec des passagers « en pleine forme ». Cela pousse aussi les industriels à développer des lanceurs réutilisables dont l’objectif est aussi d’abaisser les coûts.

 

La firme SpaceX, fondée par Elon Musk (le ponte américain de la voiture électrique de luxe) fait partie de ces industriels qui développent des lanceurs réutilisables. Il aura fallu cinq tentatives à SpaceX pour réussir le retour de son lanceur Falcon9 sur une barge située dans l’océan Atlantique. C’était il y a quelques jours, le 8 avril. Non seulement le vecteur est revenu se poser sur la barge en position verticale grâce à l’utilisation de rétrofusées pour ralentir sa course, mais il avait pu éjecter la capsule Dragon CRS-8 au-delà de la ligne de Kármán et lui permettre de poursuivre sa course vers la station spatiale internationale (ISS) pour ravitailler avec succès les astronautes qui y résident. A charge dorénavant à SpaceX d’analyser le lanceur Falcon9 pour dire s’il sera ou non possible de le réutiliser après remise en état de vol. Ce qui alors permettrait de réduire les coûts des lancements notamment des satellites.

 

Ces étapes franchies récemment par la concurrence américaine sont de nature à attiser la concurrence avec les Européens et le lanceur Ariane dont la future version 6 est justement sensée abaisser les coûts de mise à poste des satellites. Mais pour cela il faut qu’elle soit prête à temps pour faire face à cette concurrence. Pour l’heure, tous les industriels semblent confiants, et ce malgré des turpitudes administratives, et affirment qu’Ariane6 sera bien sur son pas de tir en 2020.

 

Nicole Beauclair pour AeroMorning

 

 

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Le lanceur réutilisable Falcon9 est revenu « en douceur » sur une barge dans l’océan Atlantique le 8 avril 2016

@ SpaceX