L’espace également à l’honneur au salon du Bourget

Le salon du Bourget entre ce jour dans une nouvelle phase, celle de la visite du grand public féru d’avions modernes et parfois même de légende. Cette année au travers non seulement des avions exposés, mais aussi des messages véhiculés par les équipementiers la « fée électricité » est omniprésente avec notamment chez Airbus Group la présence de l’E-Fan, un avion-école bimoteur dont chacune des turbines peut fournir une poussée de 1,5 kN générée par des batteries lithium-polymère.

La partie professionnelle du salon a beau être officiellement terminée, il n’est pas encore temps de dresser un bilan exhaustif du salon du Bourget version 2015, même si Airbus et Boeing ont déjà sorti le bilan de leurs contrats respectifs engrangés à la fin de ces quatre journées professionnelles. Nous vous en ferons une synthèse quasi exhaustive lundi prochain.

Il est un domaine sur lequel j’aimerai revenir dès maintenant. Ce sont les activités spatiales. Certes mon confrère Gérard Jouany a déjà mis l’accent sur ce secteur mais cette année le salon aura été ponctué au moins par deux annonces de poids pour les Européens.

Tout d’abord ce contrat attribué à Airbus Defense & Space pour la conception, industrialisation et production de 900 microsatellites pour OneWeb. Des satellites qui sont destinés à connecter le monde entier à Internet.

900 ! Certes on est encore bien loin des cadences de l’automobile, mais tout de même c’était quelque chose encore d’inimaginable il y a encore quelques années.
Et cela va demander à l’industrie spatiale de modifier profondément ses habitudes de production pour entrer en quelque sorte dans une phase d’industrialisation des méthodes encore inexpérimentées dans le spatial.

Certes la commande porte sur des microsatellites, mais c’est une commande de la part de OneWeb qui a même été qualifiée de « commande du siècle » par certains médias et qui en dit long sur les besoins futurs, mais surtout sur la transformation – dans ce domaine aussi – qui se profile du secteur spatial. Une sorte de revanche d’Airbus DS qui avait perdu le contrat des satellites Galileo (du futur système de positionnement européen) face à l’Allemand OHB.

Le montant du contrat avec OneWeb n’a pas été divulgué mais il est certain que la conception puis la fabrication de ces microsatellites feront appel à toutes ces nouvelles technologies qui permettent une miniaturisation poussée tout en offrant une connectique « virtuelle » hors de l’imaginaire, si ce n’est de celui des scientifiques. Une seule ombre au tableau : la conception et la fabrication des 10 premiers satellites seront conduites chez Airbus DS à Toulouse, mais la production de série sera mise en place dans une usine dédiée aux Etats-Unis.

Si les « cerveaux » resteront bien à Toulouse, ce sera donc l’emploi industriel aux Etats-Unis qui bénéficiera le plus de ce beau contrat.

Le secteur spatial a été particulièrement à la une durant ce salon du Bourget. Car ce fut l’occasion pour le Gouvernement français d’annoncer officiellement un changement d’actionnariat de l’entreprise Arianespace. Sans jeu de mot – car c’est le nom d’un des premiers hôtels (l’Hôtel des Roches) qui fut érigé non loin des pas de tir des fusées Ariane au Centre spatial européen de Kourou en Guyane – c’était sous « roche » : la négociation portait sur le rachat des parts du CNES dans Arianespace par la nouvelle entité Airbus Safran Launchers (ASL) afin que les synergies réciproques entre industriels et la société de commercialisation de lanceurs soient optimales. En négociation depuis pratiquement un an, un terrain d’entente a été trouvé. ASL qui détenait déjà 40 % des parts d’Arianespace va donc racheter les 35 % que détient le CNES ce qui fera d’ASL l’actionnaire de référence d’Arianespace aux côtés des autres actionnaires historiques que sont OHB, Ruag, Avio, etc.

Ce reformatage du capital d’Arianespace s’inscrit dans la demande des Etats Membres de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) de développer un nouveau lanceur, en la matière Ariane 6, dont l’industrie assumera la responsabilité commerciale. Ainsi que l’a précisé Stéphane Israël, le président d’Arianespace, « ceci va nous permettre de piloter les programmes car il faut que les industriels soient plus proches du commercial et inversement que le commercial soit plus sensibles aux contraintes et exigences industrielles ».

Pour l’heure comme l’a rappelé Stéphane Israël, Arianespace exploite trois lanceurs, Ariane 5, Soyouz et Vega qui lui ont permis de réaliser l’an passé 11 lancements et qui est sur la bonne voie pour en effectuer 12 cette année. Lundi prochain (dans la nuit du 22 au 23 juin) un lanceur Vega sera tiré de son pas de tir à Kourou pour placer en orbite le satellite européen d’observation de la Terre Sentinel-2A. Le plus petit des trois lanceurs exploités à ce jour par Arianespace réalisera ainsi son 5e vol.

Comme je l’évoquais précédemment, les cadences de production des satellites, et par ricochet celles des lanceurs sont loin de celles de l’automobile et encore très éloignées de celles des avions commerciaux. Toutefois, au salon du Bourget faisant le bilan de ses deux années à la tête d’Arianespace Stéphane Israël a rappelé que pour permettre aux industriels de s’appuyer sur des effets d’échelle (afin de réduire les coûts), des contrats de production leur avaient été passés et qu’à l’heure actuelle, la production de 30 Ariane5, 12 Soyouz et 12 Vega avait été entreprise.

Faisant aussi état du rééquilibrage du chiffre d’affaires d’Arianespace entre lancements de petits et de gros satellites, le patron de la société de lancements n’a pas caché qu’il espérait bien que les dirigeants de OneWeb feraient confiance à Arianespace pour le lancement des microsatellites comme ils l’avaient fait avec Airbus Safran Launchers pour la fabrication de ces 900 systèmes.

Nicole Beauclair pour Aeromorning

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