« L’important, c’est d’avoir une passion » Rencontre avec Bruno Léger, créateur de simulateurs de vol

bruno-leger-createur-de-simulateurs-de-vol-aeromorning.comBruno Léger, créateur de simulateurs de vol

Habitué de la Semaine du Vol de l’IPSA, Bruno Léger a déjà plusieurs simulateurs de vol à son actif. Présent au Campus Paris Ivry lors de l’édition 2016 de l’événement pour rencontrer les étudiants et le grand public, ce passionné d’aéronautique livre quelques conseils à ceux et celles qui aimeraient suivre ses traces.

Quel a été le déclic ? D’où vous vient cette passion pour l’aéronautique ?

Elle vient de l’enfance, après que mon grand-père m’ait amené au musée de l’Air et de l’Espace alors situé à Meudon. À 5 ans, j’ai commencé à me passionner pour toutes ces belles machines qui, bien que construites en bois et tissus au départ, arrivaient à voler. Depuis, j’ai toujours voulu en connaître davantage, mais malheureusement, mal aiguillé dans mes études, je n’ai pas pu me lancer dans une carrière dans l’aéronautique. Je me suis alors dirigé vers une carrière dans l’acoustique et j’ai pris ma revanche bien plus tard, quand j’étais enfin en mesure d’avoir plus de disponibilités. Il faut savoir que, juste après mes études, j’ai créé différentes sociétés, ce qui était plutôt prenant et ne permettait pas d’avoir du temps pour soi ou pour une vie de famille. J’ai calmé mes ardeurs professionnelles par la suite en changeant d’orientation pour entamer une carrière davantage scolaire. Cela m’a laissé plus de temps pour passer mon brevet de pilote d’avion, construire des simulateurs de vol, mais aussi construire une vraie vie de famille. Avec les simulateurs, mon but est de partager cette passion de l’aéronautique avec des jeunes et de justement bien les orienter si ce secteur les attire. Et quand je viens dans une école comme l’IPSA, qui abrite déjà des passionnés, cela me permet de les motiver encore davantage.

Au cours de la Semaine du Vol 2016 de l’IPSA, vous avez justement amené avec vous l’un de vos simulateurs. Pouvez-vous nous le présenter et nous raconter son histoire ?

Il s’agit d’un simulateur de vol d’hélicoptère jet Ranger Bell 206. C’est le troisième simulateur que j’ai pu construire. Auparavant, en raison de mon brevet, j’avais seulement conçu des simulateurs d’avions. Si je me suis lancé dans la construction d’un simulateur d’hélicoptère, c’est parce que j’ai toujours le besoin et l’envie de découvrir de nouvelles choses, de mener différents projets. Au moment de débuter sa conception, j’étais dans l’inconnu. J’ai dû potasser énormément de revues glanées à droite, à gauche – ce qui représente une quinzaine de classeurs disposés chez moi, que j’ai lues intégralement – pour savoir comment était fait un hélicoptère de façon à le récréer physiquement et à établir toutes les connexions par moi-même afin de me rapprocher au maximum de la réalité.

Combien de temps a pris sa construction ?

Je l’ai démarré il y a huit ans et il m’a demandé deux ans de travail. Je pensais pourtant y passer moins de temps car, au début, je l’imaginais moins complexe à réaliser qu’un simulateur d’avion. J’avais tout faux ! Plus je « bachotais » les documentations et plus je me rendais compte que derrière la simplicité extérieure se trouvaient de nombreuses choses aussi complexes qu’intéressantes. Depuis la fin de sa construction, je l’emmène un peu partout pour partager aux jeunes et aux moins jeunes la passion de l’aéronautique.

Par où faut-il commencer quand on veut se lancer dans la construction d’un simulateur ?

Tout passe d’abord par la récolte d’informations. Il y a quelques années de cela, ce n’était pas évident car, quand on voulait concevoir un simulateur, on était tout seul. Ce fut d’ailleurs mon cas au moment de construire mon premier simulateur. C’est justement cette expérience qui m’a fait me dire que d’autres personnes devaient être dans la même situation que moi, en France et dans le monde entier. J’ai alors créé Air Cockpit, un forum sur Internet, le premier du genre en France, afin de regrouper tous les constructeurs isolés. Au départ, nous n’étions qu’une trentaine de membres actifs et, aujourd’hui, nous sommes au moins dix fois plus nombreux. Les simulateurs réalisés par la communauté sont très variés et très proches de la réalité. Grâce au forum, on peut échanger des informations pratiques, des conseils, mais aussi des compétences grâce à un vrai réseau de passionnés ayant différentes spécialités – certains sont spécialisés en programmation, d’autres sont capables de fabriquer eux-mêmes les pièces, d’autres encore sont experts en peinture, etc. Il n’y a rien de pire que d’être en échec dans la construction de son simulateur et nouer des contacts avec une communauté active l’empêche. Pour ceux qui veulent se lancer dans l’aventure et faire un simulateur de A à Z, ce forum est bon moyen de faire le plein de connaissances.

Il faut aussi une bonne organisation, n’est-ce pas ?

Effectivement. Avant de démarrer, il faut les voyants au vert. Il faut donc réaliser un cahier des charges pour s’assurer d’avoir le budget nécessaire pour aller jusqu’au bout, s’assurer d’avoir du temps libre, préparer une pièce qui permettra de recevoir le simulateur et avoir l’environnement familial adéquat. Si l’un de ces paramètres n’est pas au vert, il ne vaut mieux pas commencer car cela conduirait à un échec.

En parlant de famille, est-ce que vous avez transmis le virus de l’aéronautique à vos enfants ?

Pas du tout ! Quand j’emmenais mes enfants en ballade en avion, leur premier réflexe était de s’endormir ! Je n’ai jamais cherché à forcer mes enfants à suivre ma passion et je suis tout aussi heureux de voir qu’ils ont développé la leur indépendamment. L’important, c’est d’avoir une passion.

Quels sont tes projets en cours ?

J’en ai un que j’ai démarré il y a deux ans : je suis en train de construire mon propre avion ! il s’agit d’un biplace, le Gaz’aile, dont les plans ont été conçus par un ingénieur de Brest. Il faut acheter les plans et ensuite le construire de A à Z en se procurant la matière première – du bois, de l’aluminium, etc. – pour fabriquer chaque partie. En ce moment, je suis en train de réaliser les ailes et, si tout se passe bien, je pourrais faire mes essais en vol d’ici deux ans. En parallèle, je compte aussi me lancer dans la construction d’un nouveau simulateur.

Construire son propre avion, c’est la suite logique pour un créateur de simulateur ?

Non, car cela représente un besoin de place bien plus important, ce qui n’est jamais évident. Par contre, côté financement, j’ai réalisé que réaliser un simulateur ultra-réaliste coûtait aussi cher que de construire un avion comme le Gaz’aile. C’est ce qui m’a convaincu de franchir le pas.