Usine du futur, l’enjeu industriel d’aujourd’hui

Suffit-il de mettre des robots dans une usine pour la qualifier d’usine du futur ? Sûrement pas.

Mais il est certain que le robot contribuera à donner un nouveau visage à l’usine à l’image de la commande numérique qui a contribué dans les années 1970, à rendre plus attrayant le métier d’usineur (qu’il soit aéronautique ou non d’ailleurs). Dommage qu’on n’ait pas encore trouvé à automatiser un tant soit peu les métiers de chaudronnerie qui peinent à attirer du personnel que les employeurs de l’aéronautique sont pourtant prêts à former.

Ces métiers de l’aéronautique et l’usine du futur étaient mis à l’honneur au salon du Bourget. Et on peut dire, même s’il n’y a pas de statistique propre au nombre d’entrées à « l’Avion des Métiers », qu’il fut un succès. Ainsi que le rappelle le commissaire général du salon, Emeric d’Arcimoles, «l’exposition l’Avion des Métiers, associée au forum Emploi-Formation du GIFAS a permis à 70 000 visiteurs, des jeunes en majorité, de découvrir, en compagnies de salariés de groupes français, 19 métiers de la production aéronautique, des métiers dont les industriels ont besoin dès maintenant … »

A tous les niveaux, les organismes de formation étaient présents au salon du Bourget. Certes les métiers de la production étaient son épicentre, mais les écoles d’ingénieurs étaient aussi là au travers de divers campus régionaux, des écoles prestigieuses telles que l’Enac, l’Isae (Ensta, Ensma, Supaéro), les Ecoles de l’Armée de l’Air, des instituts de maintenance comme celui de l’Université de Bordeaux, et de nombreux instituts tels que l’Institut aéronautique et spatial (IAS), l’Institut Amaury de la Grange qui couvre non seulement la production aéronautique avec le Bac Pro aéronautique mais aussi la formation de pilote de ligne.
Je ne les citerais pas tous car il faudrait aussi ajouter toutes les entreprises privées qui offrent des cursus de formation.

La technologie et la technique sont les grandes gagnantes de ce salon et les recherches qui sont menées dans le cadre de la réduction des nuisances qui peuvent être engendrées par l’aéronautique et l’aviation sont de nature à faire encore plus évoluer non seulement les technologies embarquées, mais aussi celles qui concourent à les produire. Et cela, ça se passe en usine.

Une usine de plus en plus respectueuse de l’environnement. D’où la nécessité de répondre à des exigences de plus en plus sévères. On travaille par enlèvement de copeaux (l’usinage), il faut donc des huiles de coupe qu’il faudra recycler. Certes cela se fait déjà depuis assez longtemps mais aujourd’hui on cherche à réduire la quantité de ces produits en lubrifiant par brumisation de ces solutions lubrifiantes qui de plus elles aussi doivent répondre à de sévères règles écologiques et médicales pour le bien être des opérateurs. Et cela a des conséquences sur toute la chaîne de production, non seulement sur les machines-outils elles-mêmes mais aussi sur les outils de coupe. Et le salon du Bourget cette année faisait une place importante à tous ces constructeurs de machines-outils et de leurs outils de coupe.
Dans le domaine des produits dits polluants et de la sécurité des opérateurs, des domaines spécifiques sont aussi visés, ceux des matériaux composites et des traitements de surface. Depuis de nombreuses années le chrome hexavalent est visé pour ses dangers pour la santé des opérateurs, et tous les chromes et chromates sont touchés à tel point que l’oxydation anodique chromique (AOC) tend à disparaître et d’être remplacée par l’anodisation sulfo-tartrique (TSA), les résines constituant la matrice des matériaux composites, toute une série de produits qui font l’objet de la réglementation européenne REACH qui est particulièrement contraignante et qui
s’applique alors afin de pouvoir tracer les risques industriels.

Pas de doute dans ces conditions que l’on cherche à trouver de nouvelles voies de production.
Ce qui est pris de plus en plus en compte dès l’origine d’un nouveau programme par les développeurs, non seulement chez les entreprises d’ingénierie mais aussi par les sociétés de conseil en production qui pour bien conseiller justement leurs clients, doivent tenir compte aussi de toutes ces contraintes.

Dans le domaine des entreprises d’ingénierie, on peut citer Sogeclair qui a monté un partenariat avec Initial (société du groupe Gorgé) pour développer un sous-ensemble de mat porte réacteur à échelle réduite pour acquérir les meilleurs pratiques. Ou encore Ségula Technologies qui elle s’est associée à 3D Systems pour la réingénierie puis la fabrication additive d’un piston à hélium spatial.

Chez les sociétés de conseil, le défi est encore plus grand car il s’agit donc pour elles de conseiller leurs clients des meilleures méthodes à adopter et des systèmes à implanter afin de respecter toutes ces nouvelles réglementations qui se renouvellent en permanence et des moyens de production qui non seulement contribueront à l’amélioration des produits qui seront avionnés, mais aussi afin qu’ils soient fabriqués avec la qualité requise dans le budget alloué tout en
intégrant de nouvelles technologies. Des défis qu’ont décidé de relever des entreprises telles qu’Eurogiciel, Alten, Altran, etc. Des entreprises qui se font fortes de conseiller leurs clients pour qu’ils transforment leurs usines en usines du futur en tenant compte bien évidemment des nouvelles contraintes des nouvelles technologies. Au salon du Bourget ces entreprises mettaient donc en exergue leurs compétences en ce domaine, tout comme le Corac
(Conseil pour la recherche aéronautique civile) qui outre la conception d’architectures d’aéronefs innovantes pour lesquels il faudra imaginer de nouveaux algorithmes aérodynamiques tellement les ruptures technologiques vont être importantes a fixé en second point de la feuille de route de produire de manière plus intelligente, ce qui revient à dire qu’il faudra non seulement aller encore plus loin dans l’automatisation de la construction aéronautique sans perdre de vue que l’expertise humaine reste au cœur du système productif ce qui s’appliquera à la totalité de la chaine des fournisseurs (cf. ID Aero d’octobre 2014).
Les innovations technologiques les plus innovantes qui déboucheront sur ces usines du futur, étaient visibles dans le pavillon du Corac au Bourget.

Nicole Beauclair pour AeroMorning

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