On vole aussi dans l’Armée de Terre

recrutement-pilotes-armeeInstructeur et élève : le lieutenant Laurent (à gauche) avec à ses côtés l’aspirant Jimmy devant le Caïman (Photo ALAT)

On vole aussi dans l’Armée de Terre, comment l’intégrer?

Ils seront 6 « Caïman » de l’Armée de Terre à participer cette année au traditionnel défilé militaire du 14 juillet sur les Champs Elysées à Paris. Mais ne les cherchez pas au sol. Car il ne s’agit pas de ces crocodiles qui sévissent en Amérique du Sud et centrale. Non il s’agit d’hélicoptères que leur constructeur Airbus Helicopters nomme NH90 et que l’Armée a choisi pour son usage de baptiser Caïman.

L’hélicoptère de transport NH90 est le plus récent des appareils à entrer dans la flotte des aéronefs exploités par l’Armée de Terre. Et à ce titre il dépend de l’ALAT (Aviation légère de l’Armée de Terre) qui participe à nouveau avec le NH90 au défilé militaire du 14 juillet. A nouveau car même si le NH90 est le plus récent des appareils à avoir intégré l’ALAT, c’était en 2012, il a été présent durant le défilé dès juillet 2013.

Alors pour ceux, garçons ou filles, qui ont la fibre militaire tout autant que l’envie de devenir pilote professionnel, avec cette forte connotation aéronautique que cela comporte, l’Armée de Terre offre de grandes opportunités. Pas uniquement sur le NH90, car au-delà de cet hélicoptère, l’ALAT exploite également des machines telles que Caracal, Cougar, Gazelle, Puma, Tigre, Fennec, cette dernière étant utilisée pour la formation ainsi que deux avions dits de liaison, des TBM700 et des Pilatus.

J’ai évoqué ici le Fennec qui est utilisé au sein de l’ALAT pour la formation des pilotes d’hélicoptères et tout particulièrement au pilotage aux instruments (formation IFR), car il est bien évident que pour intégrer l’Armée en son sens large et ses écoles de pilotage, il faut démontrer ses aptitudes comme a bien voulu nous l’expliquer l’aspirant Jimmy qui a postulé il y a 3 ans à l’âge de 19 ans à l’entrée à l’ALAT.

Tout d’abord nous précise t-il : «il faut avoir au moins 18 ans et pas plus de 29 ans et posséder son baccalauréat quelle que soit la spécialité ». Mais, insiste le capitaine Laurent , l’instructeur de l’aspirant Jimmy « on n’entre pas dans l’Armée pour devenir pilote, ce que nous recherchons en premier lieu ce sont des militaires »

C’est pourquoi avant même de toucher à un manche d’hélicoptère ou à celui d’un simulateur, le volontaire devra tout d’abord passer par les fourches caudines de l’ALAT auprès de laquelle le candidat doit déposer sa candidature. C’est alors que tout s’enchaîne.

Sa candidature acceptée, c’est au Centre de sélection et d’orientation (CSO) de Vincennes que la sélection s’effectue en deux temps sur trois ½ journées (sélection Armée de Terre en général) puis deux ½ journées (spécifique pilote), c’est à l’issue de ces entretiens que le candidat est ou non sélectionné comme élève pilote.

Sélectionné, il est alors envoyé à Coëtquidan afin d’y recevoir une formation commune du militaire de l’Armée de Terre de 4 mois et 6 mois pour devenir « officier sous contrat pilote » aux écoles de Saint-Cyr Coëtquidan.

 Mais ce n’est réellement qu’à l’Ecole d’application de l’aviation légère de l’Armée de Terre (EAALAT) à Dax que le postulant pilote touchera réellement à un hélicoptère puisque la formation se fait non seulement sur des simulateurs SNPT (l’école en a 7 à sa disposition) mais aussi sur des Hélicoptères EC120 dénommés  Calliopé.

Une formation qui lui permettra d’obtenir sa licence de pilote professionnel (CPL) et qui s’étale sur 4 mois de théorie et 8 mois de pratique (nonobstant d’éventuels « rallonges » résultant de problèmes météo et/ou mécaniques précise le capitaine Laurent). Ce n’est pas encore fini puisque le postulant devra encore compléter sa formation par des modules complémentaires : formation à l’utilisation des jumelles de vision de nuit (JVN) de deux fois 2 semaines, au vol tactique durant 3 semaines, au vol aux instruments… au total l’élève passe près de 20 mois à Dax.

Mais même avec cette licence de pilote professionnel en poche, l’élève n’a toujours pas touché au manche d’un hélicoptère militaire. Car avant la fin du cursus de l’EAALAT on ne parle pas encore du type d’hélicoptère auquel il sera affecté dans le futur. L’élève peut avoir des souhaits, mais ce ne seront que les premiers de la classe qui choisiront le type de machine sur laquelle ils souhaitent exercer leur métier de militaire. Il faut dire que si le pilotage d’un hélicoptère peut sembler identique d’un appareil à un autre, il n’en est rien. Il faut une formation spécifique à la machine qui, d’un type à l’autre, a une mission spécifique.

Ensuite, c’est au Cannet-des-Maures (souvent appelé Le Luc pour sa proximité avec la piste qui y est établie) que l’élève suivra donc sa formation spécifique à l’hélicoptère Caïman à l’Ecole de l’Aviation légère de l’Armée de Terre (EALAT) du Centre de Formation Interarmées NH90 (CFIA-NH90), formation de base : 11 semaines, formation opérationnelle : 7 semaines. Le centre dispose de simulateurs SNPT, des hélicoptères Fennec (connus dans le civil comme les Dauphin) pour la formation IFR, ainsi que 6 simulateurs Tigre et 2 simulateurs NH90 avec des cursus de formation distincts selon la machine.

Pour l’aspirant Jimmy, le terme approche. La fin de la phase de formation de 11 semaines qui est commune aux deux Armées de Terre et Marine se profile nous confirme le capitaine Laurent qui rappelle que les deux armées de Terre et Marine sont dotées d’un même appareil. Le NH90, mais pour l’armée de Terre il s’agit de la version TTH (Tactical Transport Helicopter) tandis que pour la Marine c’est la version NFH (Nato Frigate Helicopter) et leurs missions sont totalement différentes. C’est pourquoi tout élève doit suivre cette formation opérationnelle spécifique à l’Armée qu’il a intégrée. Et c’est au début novembre que si aucun élément perturbateur (météo ou méca) n’intervient que l’aspirant Jimmy intégrera le cursus de la formation opérationnelle propre à l’Armée de Terre.

« De par son cursus de recrutement un élève pilote reste aspirant durant toute sa formation puis une fois qualifié pilote opérationnel il obtient le grade de sous-lieutenant pour un an puis lieutenant pour 4 ans. »

Enfin, le tout jeune sous-lieutenant sera alors affecté à un régiment, pour l’heure il s’agira du 1er régiment à Phalsbourg puisque c’est la seule base où les Caïman NH90 se trouvent actuellement alors qu’aux environs de 2018  les NH90 iront aussi gonfler la flotte du 5ème régiment de Pau.

Il sera alors rapidement projetable sur les terrains d’opérations militaires notamment les Opex (opérations extérieures) comme on les appelle chez les militaires. Pour l’instant, les Caïman sont déployés uniquement au Mali nous confirme le capitaine Laurent qui précise que l’équipage d’un hélicoptère de l’Armée de Terre est toujours constitué d’au moins 2 pilotes (ce qui est d’ailleurs le maximum pour l’hélicoptère Tigre par exemple), mais que dans le cas du Caïman, il est constitué de trois personnes clés : non seulement un commandant de bord et un pilote mais aussi un mécanicien naviguant. La raison : les missions de l’appareil sont très diversifiées et il faut pouvoir à tout moment modifier son agencement intérieur afin de l’adapter à la mission telle que le transport de troupes au plus près des opérations, l’évacuation sanitaire…

Des missions que l’élève Jimmy se prépare donc à effectuer avec en tête l’effort apporté à la Nation ce qui lui permet en plus d’assouvir sa passion pour l’aéronautique et sa mise en pratique. Une passion qui est née progressivement et qui ne relève pourtant pas d’une vocation familiale nous a-t-il confié.

Capitaine ainsi qu’aspirant nous ont également confirmé que ce cursus de formation est aussi accessible aux femmes dont la proportion dans l’Armée de Terre est à peu près similaire à celle des autres armées, à savoir 3 femmes sur 18.

L’armée de Terre on y pense tout d’abord quand on souhaite embrasser une carrière militaire, mais on peut également y assouvir d’autres passions telles que l’aéronautique puisqu’elle recrute bon an mal an entre 30 et 60 postes de pilotes et de mécaniciens navigants.

La chronique de Nicole Beauclair pour AeroMorning

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Instructeur et élève : le lieutenant Laurent (à gauche) avec à ses côtés l’aspirant Jimmy devant le Caïman (Photo ALAT)