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Questions à Pierre-Henri Chuet, pilote de chasse à l’Aéronavale

Après avoir piloté Super-Etendard, Falcon 10M et Rafale au sein de l’Aéronavale, Pierre-Henri Chuet prépare aujourd’hui une reconversion dans le pilotage d’avions civils. En 2018, le pilote aguerri s’est aussi lancé dans le consulting à travers un engagement au sein de Mach3 Management. En tant qu’intervenant à la conférence Excellence Club Aerospace du 7 février prochain, celui que ses frères d’armes surnomment « Até » nous livre un avant-goût du thème de son intervention en répondant à nos questions.

Pierre-Henri, le métier de pilote de chasse, bien que faisant l’objet d’une fascination populaire, est souvent méconnu. Il convient donc de poser une question essentielle avant d’aborder les évolutions futures de la profession : qu’est-ce qu’être pilote de chasse aujourd’hui ? Véritable pilote ou gestionnaire d’un système d’arme ?

« Un pilote de chasse en 2019 est un fin tacticien doté d’une très grande discipline et d’une excellente technicité de pilotage. Celui-ci dispose d’une multitude d’informations : radar, radio, guerre électronique, liaison de données, règles d’engagements, position des troupes alliées … il va devoir faire le tri et tout mettre en œuvre pour assurer l’accomplissement de la mission. Le côté aéronautique est encore omni présent, dans l’Aéronavale le retour à bord du porte-avions n’est jamais acquis. 

Avec les performances d’un chasseur comme le Rafale, le combat aérien a également évolué devenant moins fin techniquement mais plus violent physiquement et dangereux : l’interface homme-système est tellement aboutie que ce n’est pas parce qu’un Rafale est engagé en combat à vue qu’il ne peut pas tirer sur un tierce ennemi hors de portée visuelle en même temps ! »

Pierre-Henri Chuet à bord d’un Rafale ©Pierre-Henri Chuet

On voit donc que malgré les innovation techniques, le pilote garde un rôle prépondérant.  Quels sont les principales caractéristiques du métier de pilote de chasse qui ont évolué entre les années 2000 et aujourd’hui ?

« La charge de travail est passée de l’extérieur du cockpit, principalement dans du combat air-air ou air-sol à vue, à l’intérieur du cockpit avec la gestion des senseurs et des capteurs utilisés au-delà de la portée visuelle. Les armements se sont également adaptés et peuvent dorénavant être utilisés au-delà de la portée visuelle. »

Dans un futur lointain, le rôle même du pilote dans un avion de chasse pourra-t-il être remis en question ?

« Dans la même mesure que celui du militaire. Avec une automatisation croissante pourquoi envoyer des humains au combat quand on peut envoyer des robots ? Néanmoins, le jugement, la prise de décision voire la capacité d’anticipation liée non seulement aux connaissances aéronautiques mais également des institutions et chaines de commandement militaires devraient permettre à l’humain de garder une place au plus près de l’action pour encore de nombreuses années. »

En 2018, la France et l’Allemagne se sont engagées sur un projet de Système de Combat Aérien Futur (SCAF). Avez-vous une idée de la façon dont les ingénieurs du SCAF concevront le rôle du pilote dans un environnement hostile pour 2035 et après ?

« La dernière décennie à été celle du passage de l’attention du pilote à son environnement visuel ou proche à la moyenne distance avec des collaborations en liaison de données. Les prochaines décennies iront encore plus loin.

Je n’ai jamais été impliqué dans le projet SCAF mais je pense qu’il mettra le pilote comme gestionnaire d’une multitude d’informations et de systèmes aéroportés quasi autonomes avec une assistance à base d’intelligence artificielle. Les automatisations seront encore plus présentes, mais le pilote devra toujours avoir la technicité nécessaire pour livrer le combat et piloter l’avion en situation dégradée. Le vieux diction “Back to basics” s’appliquera toujours et une bonne gestion de la charge de travail sera primordiale. »

Une première maquette du chasseur de 6e génération développé dans le cadre du SCAF franco-allemand a été dévoilée au salon Euronaval en octobre dernier © Dassault Aviation

Pierre-Henri CHUET fera partie des intervenants de la conférence Excellence Club Aerospace du 7 février 2019 à l’Envol des Pionniers. Son intervention, agrémentée des témoignages d’un pilote décoré au combat, sera l’occasion unique d’aborder les évolutions du métier de pilote de combat depuis la fin des années 2000 et la manière dont la technologie révolutionne non seulement le champ de bataille et la formation des opérationnels.

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