Découverte de SAFETYN, start-up française qui veut rendre les avions plus sûrs

Les acteurs de l’aviation commerciale se sont félicités d’avoir connu en 2017 la première année de l’histoire sans accidents majeurs. Tandis que les efforts consentis pour rendre les avions de lignes plus sûrs portent leurs fruits depuis plusieurs années, il reste un secteur de l’aéronautique peu connu où la tendance est tout autre. L’Aviation Générale, dont font partie les avions de loisir, fait malheureusement l’objet d’une accidentologie bien plus préoccupante. SAFETYN, start-up française incubée au sein du Bizlab d’Airbus, a su déterminer les raisons d’un tel déséquilibre et œuvre aujourd’hui pour rendre les avions légers plus sûrs, à travers le développement d’une solution numérique innovante.

Un constat alarmant

Afin de mettre en lumière la problématique à laquelle répond leur solution, les fondateurs de SAFETYN sont partis d’un constat pour le moins alarmant : en Aviation Générale, le taux de mortalité est plus de 100 fois supérieur qu’en aviation commerciale. Il faut dire que, dans un secteur où les pilotes s’adonnent principalement à une activité de loisir, les niveaux d’expérience sont très largement inférieurs à ceux des pilotes professionnels. Cela est au cœur des raisons qui expliquent un tel chiffre, dans la mesure où le facteur humain reste de loin la première cause des accidents fatals en aviation légère.

Soulever une problématique est une chose, y trouver une solution en est une autre. Au cours d’une entrevue, Arnaud VIOLLAND, PDG et co-fondateur de SAFETYN, a souhaité nous décrire comment lui et ses collègues sont parvenus à imaginer une solution novatrice pour limiter les risques d’accidents en aviation de loisir : « le besoin d’agir pour réduire la mortalité au sein de cette activité était primordiale. Nous nous sommes inspirés par exemple du marché de l’automobile pour imaginer notre solution. En 30 ans, la démocratisation des systèmes numériques d’aide à la conduite a largement contribué à réduire la mortalité sur les routes. Nous avons alors eu l’idée d’imaginer une sorte d’avion connecté, à bord duquel l’intégration d’équipements numériques participerait à prévenir des situations dangereuses ».

Dans une aviation où la place des pilotes ne cesse de susciter des interrogations, il n’était pourtant pas question pour les créateurs de SAFETYN de mettre au point une solution attribuant un second rôle au pilote. « Virtualiser le pilote n’est pas une solution, il faut au contraire tout mettre en œuvre pour le replacer au centre de la fonction de pilotage. SAFETYN propose ainsi un produit qui accompagne celui-ci et qui concoure à lui redonner la confiance nécessaire pour des opérations plus sûres », affirme Arnaud VIOLLAND.

 

Développer une solution numérique qui accompagne le pilote et le place au coeur du pilotage : telle est l’ambition de SAFETYN pour réduire la mortalité en Aviation Générale

Les atouts d’une solution concrète

Quelle est donc concrètement la solution développée par SAFETYN ? La start-up française planche aujourd’hui sur la mise au point d’un boîtier électronique destiné au pilote. Propre à son utilisateur, celui-ci peut être assimilé à une sorte de coffre-fort, dans lequel ce dernier rentre des données qui le caractérisent. Associé à cela, des capteurs fixés au corps viennent relever des paramètres physiques qui traduisent l’état de ses capacités psychiques. Le boitier dispose ainsi d’une intelligence situationnelle sensée lui permettre d’avertir le pilote de l’approche d’une situation dangereuse. L’effet tunnel par exemple, qui atteint une personne lorsque celle-ci fait face à une situation de stress, réduit les capacités cognitives et est souvent la cause d’accidents graves. Le boîtier SAFETYN pourrait apporter une solution à ce problème, en alertant le pilote d’une entrée dans cet état.

En outre, d’autres cas de situations critiques pourraient potentiellement être évités, à l’image de l’effet d’hypoxie ou de la surdité inattentionnelle, qui atteint un pilote involontairement sourd aux alarmes du cockpit et le conduit à prendre des décisions irrationnelles. Arnaud VIOLLAND nous confie que « l’équipe SAFETYN s’est inspirée des dispositifs de sécurité intégrés dans le cockpit de Solar Impulse ». L’avion solaire, qui a fait le tour du monde uniquement grâce à l’énergie électrique était en effet équipé d’un boitier électronique qui « veillait » sur le pilote et prévenait par exemple les pertes d’attention pendant les plus longs vols. Bien entendu, SAFETYN entend aller plus loin en développant des systèmes plus sophistiqués.

 

Les créateurs de SAFETYN se sont entre autres inspirés des mécanismes de surveillance de l’état du pilote qui équipait le cockpit de Solar Impulse @usgreentechnology

 

Au-delà de l’aspect situationnel traité par le boîtier SAFETYN, ses concepteurs ont souhaité le doter d’une capacité d’enregistrement de données de vol et de paramètres pilote. Ceux-ci pourront servir à alimenter des séances d’analyse après-vol que le pilote conduira seul ou en présence d’un spécialiste. La valeur de ce genre de « débriefing » est souvent négligée dans le monde de l’aviation de loisir, contrairement au monde professionnel. En faisant un retour sur les potentiels erreurs de ses vols, le pilote apprend à se remettre en question et tire des leçons essentielles pour rendre ses prochaines expériences plus sûres. Là encore, SAFETYN fournit un nouvel outil aux pratiquants de l’Aviation Générale dont les bénéfices en matière d’accidentologie pourraient être conséquents.

 

Une solution développée avec les pilotes et pour les pilotes

Encore au stade de développement, le concept du boîtier SAFETYN a cependant fait l’objet de quelques confrontations au marché. Depuis plusieurs mois, les équipes de la start-up ont organisé des ateliers d’échanges avec des pilotes d’aéroclubs. Sans en dévoiler toutes les caractéristiques, cette démarche n’est autre qu’un moyen de mieux cerner les attentes des pilotes et de déterminer le potentiel commercial du produit. D’après Arnaud VIOLLAND : « les pilotes qui ont déjà connu des situations difficiles ou potentiellement mortelles se sont montrés très intéressés voire proactifs en faveur du développement de notre solution ». Des démarches ont même été conduites auprès des fédérations de pilotes privés, telles que la Fédération Française de PLaneur Ultraléger Motorisé (FFPLUM) ou la Fédération Française Aéronautique (FFA) afin de récolter les avis de personnes proches des populations de pilotes privés.

A la question de l’étendue du marché visé, le PDG de SAFETYN répond qu' »une unité de travail sera prochainement lancée aux Etats-Unis avec deux personnes à temps plein. Côté Europe, les pays francophones nous paraissent déjà former un marché accessible pour nos débuts. » Les membres de l’entreprise seront d’ailleurs présents au salon d’Oshkosh aux Etats-Unis en juillet 2018, pour assister au plus grand rassemblement d’avions privés au monde. Le voile sur certaines fonctionnalités du boîtier devrait y être levé.

Enfin, le lancement commercial est d’ores-et-déjà prévue pour décembre 2019. Le boîtier devrait quant à lui être dévoilé lors de la prochaine édition du Bourget, à l’été 2019. En attendant, une équipe d’une dizaine de développeurs travaille activement à la construction d’une solution efficace qui répond à véritable besoin du marché. SAFETYN prépare une levée de fond de 1,5 millions d’euros et représente un bel exemple du potentiel entrepreneurial français. Si la start-up parvient à commercialiser son boîtier, les acteurs de l’aviation de loisir verront une belle illustration de comment les solutions digitales peuvent contribuer à améliorer la sécurité à bord des avions, sans pour autant mettre de côté le pilote.

Arnaud VIOLLAND sera présent lors de la conférence sur la digitalisation en aéronautique organisée le 12 juillet par l’Excellence Club Aerospace d’AeroMorning à Toulouse : http://www.excellence-club-aerospace.com/2018/05/22/how-can-artificial-intelligence-enhance-the-performance-in-aerospace-industry/

 

Arnaud VIOLLAND (à gauche) est l’un des fondateurs de SAFETYN et revendique une expérience dans la gestion de programme chez d’Airbus ainsi que dans le pilotage d’avions légers @AeroMorning

 

Loïck Laroche-Joubert

 

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