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Chroniques de Pierre Sparaco Répondre
Taïkonautes - 18-06-2012
La Chine spatiale passe à la vitesse supérieure.

C’est une double réussite. Technique, tout d’abord, le lanceur Longue Marche 2F et le vaisseau Shenzhou confirmant leur fiabilité à l’occasion du début, le samedi 16 juin, d’une nouvelle mission spatiale chinoise. Médiatique, ensuite, l’équipage mis sur orbite comprenant une femme, Liu Yang, souriante comme il convient, parmi les trois taïkonautes. Aussi cette équipée d’une durée de 13 jours joue-t-elle parfaitement son double rôle. Cet aspect-là de la mission est réussi avant même de commencer.
Qui plus est, il convient de regarder au-delà des apparences et de replacer le programme spatial chinois dans son juste contexte. Les autorités de Pékin nous facilitent d’ailleurs la tâche en faisant preuve d’un étonnant réalisme : elles n’hésitent pas à reconnaître qu’elles réalisent actuellement un programme de rattrapage technologique, ce qui revient à dire qu’elles ont encore beaucoup à faire pour se hisser au niveau des Etats-Unis et de la Russie. La présence sur orbite de Liu Yang, «vitrine» de cette nouvelle mission, intervient en effet près de 50 ans après celle de la cosmonaute russe Valentina Terechkova.
Cette comparaison, omniprésente dans les commentaires de la première heure, n’en est pas moins trompeuse. La Chine spatiale, en effet, a dépassé de loin le niveau des Américains et des Russes des années soixante, la preuve étant que les taïkonautes vont réaliser dans les prochains jours deux amarrages avec le module Tiuangong, prélude à la mise en place d’une station orbitale à part entière, probablement avant la fin de la décennie. En d’autres termes, la Chine avance à grand pas, à l’image des progrès importants qu’elle réalise dans l’ensemble des disciplines aérospatiales.
Dès lors, il convient de regarder au-delà du sourire de la taïkonaute qui vient de s’arroger une place de choix dans la saga de la conquête spatiale. Et, ce faisant, il saute aux yeux que le moment est venu de renoncer à un certain nombre d’idées reçues, notamment les craintes régulièrement exprimées par Européens et Américains en matière de risques induits par des transferts technologiques au profit de la Chine. Et les réticences de tous ordres qui en résultent.
Il n’est pas simpliste d’affirmer qu’à partir du moment où un pays maîtrise ce qu’il est convenu d’appeler la «qualité vol humain» en matière spatiale, il doit aussi être capable de produire, notamment, des avions civils à niveau de qualité comparable. C’est la raison pour laquelle il serait malvenu de prendre à la légère un programme comme le C919, court/moyen courrier à 160 places de Comac, susceptible, à terme, de trouver sa place sur le marché mondial des avions commerciaux de nouvelle génération.
Qui plus est, contrairement au programme spatial, mené à bien en autarcie, le C919 s’appuie sur de grands fournisseurs occidentaux (propulsion, systèmes, etc.) et bénéficie de l’aide de Bombardier. Le monde étant ainsi fait, dominé par l’image (au sens figuré) et des techniques sophistiquées de communication, Shenzhou apporte indirectement un vrai soutien au C919. Ultérieurement, même si on a pour l’instant oublié de l’en informer, Liu Yang sera promue au rôle d’ambassadrice du savoir-faire chinois au sein de la communauté aérospatiale internationale. Et, à ce moment-là, la Chine se situera bien au-delà de la phase de rattrapage qu’elle évoque aujourd’hui, avec une étonnante modestie.
Pierre Sparaco - AeroMorning
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