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Chroniques de Pierre Sparaco Répondre
AF447 : les peurs de septembre - 24-08-2009
Le dossier de l’accident du Rio-Paris au milieu d’un champ de mines


La plupart des parasols sont repliés, la trêve estivale se termine, chacun revient à son poste. Voici venue l’heure des «peurs de septembre», selon l’expression que semblent affectionner les psychologues.
Cette notion convient bien au dossier explosif de l’accident du Rio-Paris d’Air France survenu il y aura bientôt trois mois. C’est un laps de temps relativement court dans le cadre d’une enquête extraordinairement compliquée, sans épave, sans enregistreurs de vol, sans images radar. Mais c’est aussi l’échéance au terme de laquelle les uns et les autres éprouvent de plus en plus de difficultés à contenir leur impatience.
Les incompréhensions, les colères rentrées, les soupçons de tous ordres se sont accumulés depuis le 1er juin et aucune voix crédible, incontestablement installée au-dessus des partis, ne s’est élevée pour dire que l’AF447 est devenu un problème incontrôlable : il réunit tous les poncifs du genre, à commencer par la suspicion, celle d’un «complot» (oui, un complot) ourdi dans les coulisses du pouvoir, au nom d’intérêts supérieurs. Il s’agirait de cacher la vérité, qui serait donc connue de certains, pour défendre les intérêts d’Air France, d’Airbus et de l’industrie aéronautique européenne tout entière.
C’est un grand classique du genre, qui ne surprend pas les vrais spécialistes de la sécurité aérienne. L’essentiel est ailleurs : il est impossible de contrer ce déferlement de fausses informations, de suppositions énoncées sur un ton d’immense méfiance, pire, ces contre-vérités. Il est paradoxal de le souligner ici mais Internet accélère et aggrave le processus, en même temps qu’il le rend diffus et multiforme au point de lui permettre de se répandre à l’infini, à travers la planète tout entière.
Jadis, les spécialistes autoproclamés envoyaient des courriers tous azimuts, téléphonaient aux journalistes et cherchaient à les rencontrer, rédigeaient des textes accusateurs sans trop savoir à qui les adresser. Chacun se souvient, notamment, de l’ambiance parfois glauque qui a entouré l’enquête sur l’accident du Concorde, en 2000, à un moment où Internet n’était pas encore suffisamment répandu que pour s’arroger le premier rôle.
Aujourd’hui, il suffit de créer un site doté d’une présentation donnant l’apparence du sérieux et d’aligner des affirmations souvent sans fondement pour fabriquer de toutes pièces des interlocuteurs prêts à se précipiter vers micros et caméras. D’autant que le tout-info, radios et télévisions, a également beaucoup progressé au fil de ces dernières années, créant un besoin jamais assouvi de «spécialistes» inlassablement interrogés à propos de vraies-fausses informations dont, en réalité, ils ne savent rien ou pas grand-chose. Ou qu’ils ont eux-mêmes suscitées.
Et les familles de victimes ? Il ne faudrait en aucun cas les négliger, d’autant qu’elles constituent bien involontairement un autre problème sans solution. Au-delà de la légitime douleur qu’elles expriment, exacerbée par l’absence d’épave de l’A330-200 et, à quelques exceptions près, de dépouilles leur permettant de faire décemment leur deuil, on constate sans surprise qu’elles connaissent trop peu, qu’elles comprennent difficilement, les rouages complexes d’une enquête accident, sa complexité, son apparente lenteur.
Dès lors, les critiques pleuvent, sans grand discernement, à propos d’un supposé manque de savoir-faire, pire, de l’absence d’humanité de la part de ceux chargés de décoder les mystères du vol AF447.
Certaines informations (pardon, «informations» entre guillemets) véhiculées par quelques sites Internet mériteraient des démentis cinglants en même temps que des réponses dûment argumentées. Mais qui pourrait le faire avec une petite chance d’être écouté ? Certainement pas les quelques journalistes spécialisés qui ont acquis des compétences avérées en la matière, sachant qu’il leur serait aussitôt reproché d’être (évidemment) proches (et donc amis) d’Air France, du BEA, d’Airbus, EADS, etc., etc. Aucun des acteurs impliqués, bien sûr, chacun d’eux étant juge et partie.
Que faire, que dire, dès lors, quand on lit par exemple que «l’opinion publique découvre l’insécurité aérienne qui a gangrené ce secteur». Qui va clamer qu’un site spécialisé en sécurité aérienne, créé il y a un an, ne peut techniquement pas être une référence en la matière ? Qui va contester le contenu de cet autre site baptisé «observatoire» et dire qu’il ne lui est pas possible de disposer «d’une lisibilité sur plus de 1.300 compagnies aériennes» ? Oui, mille trois cents. Sur quelles bases, avec quelles sources, quels critères, quels experts ?
C’est une situation inédite qui prend forme sous nos yeux, d’autant plus inquiétante et dommageable qu’elle s’aggrave de jour en jour. Le dossier AF447 est désormais installé au milieu d’un champ de mines.
Pierre Sparaco-AeroMorning

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Les réponses à cette chronique

Encore une fois bravo pour cette analyse même si elle va à contre courant de la pensée du moment.
Par : Jean-Louis BAROUX - 2009-08-24

Pourquoi a-t-on dit dès le départ que l'épave et les boites noires gisaient par 6OOO mètres de fond, alors que personne n'en savait rien? et si les enregistreurs n'avaient pas coulé et avaient flotté dans un morceau de fuselage? et si on avait retrouvé ce morceau de fuselage? et si on avait caché ce fait avant le décryptage? et si le décryptage avait été accablant pour les protagonistes? et si on les avait vraiment coulé pour qu'elles ne révèlent pas l'indicible? élucubrations!!??
Par : vieux moustachu - 2009-08-28


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