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Chroniques de Pierre Sparaco Répondre
L’embrouille - 25-09-2009
La polémique autour des aiguilleurs du ciel : une patate chaude.

L’espace aérien français serait dangereux, les contrôleurs aériens ne travailleraient que 12 heures par semaine, les «airprox» se multiplieraient, etc. On frémit à la lecture d’un dossier publié par Le Figaro, d’autant que la Cour des comptes avait déjà exprimé son inquiétude sur ce sujet. Bref, il ne manquait plus que ça !
Tentons de rester calmes, faute d’y voir clair. Il y a là un problème imbriqué dans un autre et on se demande comment séparer le bon grain de l’ivraie. Il y a la forme, il y a le fond, la manière de faire d’un grand journal quotidien, un problème de corporatisme étalé au grand jour, pire, aux yeux de l’opinion publique, une nouvelle raison d’incompréhension et d’inquiétude quatre mois après la catastrophe du vol AF447 Rio-Paris. Tout cela sent le souffre.
La méthode, tout d’abord. «Ces articles du Figaro constituent une attaque en règle contre les contrôleurs aériens, et non pas une enquête de journalisme d’investigation», nous fait remarquer un connaisseur du sujet, au demeurant compliqué, technique, sensible. C’est là une évidence, sachant que l’on cherche en vain, dans ces mêmes colonnes, l’interview d’un responsable du Syndicat national des contrôleurs du trafic aérien, SNCTA. C’est un dossier à charge, de bout en bout, publié au moment où se préparent de nouvelles négociations avec les aiguilleurs du ciel. Deux hypothèses peuvent être envisagées, soit qu’il s’agisse d’une preuve de flair journalistique, soit que l’inspiration soit venue de l’extérieur. Bien sûr, ce n’est pas sympathique de formuler de tels soupçons mais c’est aussi la loi du genre.
Autre constat, franchement perturbant celui-là, des documents internes d’Air France se retrouvent sur la place publique, grâce à un lien Internet. Ce n’est pas la première fois mais de telles fuites, dans le cas présent, ne constituent peut-être pas un exploit journalistique. Tout au contraire, elles posent un problème qui mériterait sans doute d’être discuté, le plus calmement possible, au sein de l’Ordre des journalistes. Lequel n’existe tout simplement pas.
Sur le fond, en toute logique, le SNCTA se dit scandalisé par des amalgames et raccourcis, le discrédit qui en résulte et, face à des accusations multiples, tente, dit-il, de défendre l’honneur d’une profession. Patrick Gandil, directeur de l’Aviation civile, sommé de produire un rapport en 24 heures (un record), conclut un texte au demeurant bien tourné en affirmant que «le ciel français est l’un des plus sûrs du monde». Mais qui va croire qui ?
Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose.
En se penchant sur le contrôle aérien, on a vite fait de déceler des orginalités qui peuvent facilement prêter le flan à la critique. Par exemple quand on constate que les effectifs sont calibrés en fonction des pointes de trafic du plein été. Ce qui revient à dire qu’il y a sans doute trop de monde en périodes creuses pour que chacun soit bien occupé. Mais peut-on s’y prendre autrement ? Au-delà, y a-t-il des excès ?
Le corporatisme des contrôleurs, à considérer a priori comme un constat, et non une critique, rappelle inévitablement celui des pilotes de ligne. Les médias sont aussi tentés d’établir un parallèle avec le tout puissant Syndicat du livre qui régente notamment les imprimeries de la presse quotidienne.
Une seule chose est certaine : les 4.500 contrôleurs français témoignent d’une solidarité sans faille. On a souvent dit qu’ils ont adopté de longue date un comportement clanique, ce qui pourrait s’expliquer par la spécificité très marquée de leur profession. Sans contrôleurs, le transport aérien n’existe tout simplement pas. Et malheur à ceux qui, par exemple, en cas de «mouvements sociaux», voudraient leur substituer des militaires. Une tentative d’appliquer le plan «Clément Marot» (C.M., c’est-à-dire contrôle militaire) s’est soldée il y a de nombreuses années par une collision en vol à hauteur de Nantes, une catastrophe qui fit de très nombreuses victimes. Les spécialistes en parlent encore.
Qu’il y ait un malaise latent ne fait pas de doute. Qu’il ne soit pas possible de l’aborder avec sérénité est tout simplement désolant. Qu’une polémique naisse dans de telles conditions est profondément regrettable, d’autant que les ailes françaises ne méritent pas de subir, et surtout pas maintenant, de telles difficultés. Ses dommages collatéraux s’annoncent d’ores et déjà importants. Reste à savoir à qui profite le crime.
Pierre Sparaco - AeroMorning
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Les réponses à cette chronique

C'est tout à fait consternant, même si l'extrait de com radio vhf que nous ont fait écouter les TV, montre un PL très mécontent, qui nous "pète les plombs" sans doute avec une bonne raison. De là à s'insulter... Dans une société où le statut de chacun est menacé, il ne faut pas trop s'étonner que les controleurs, essaient de se défendre! (même s'il y a parfois "à redire") Et eux, ils en ont les moyens... Bien cordialement, vos analsyses sont toujours intéressantes.
Par : thierry.bressol286@orange - 2009-09-25

Peu habitué à la lecture du journal à l'origine de la polémique, je suis resté stupéfait en découvrant cet article. Le quotidien de notre ami Marcel Dassault ne souffrirait-il pas lui aussi de symptômes inhérents aux baisses d'effectifs? Quoi qu'il en soit, le papier polémique est lui bien atteint d'une carence d'ordre qualitatif. Forme et fond traduisent l'amateurisme. Si les faits décrits sont avérés, il n'en demeure pas moins que l'auteur tire des conclusions qui ne peuvent reposer sur la base des faits qu'il invoque. Cette dichotomie vient enrichir quelques approximations, voire contradictions (cf. paragraphe de la "réforme des autoroutes du ciel de 1999" dans son ensemble). Monsieur Sparaco, vous qui évoquez souvent le manque de discernement des médias en matière d'affaires aéronautiques, vous conviendrez sûrement qu'à la vue du cas d'espèce, il ne peut en aucun cas s'agir "d'une preuve de flair journalistique", mais bien évidemment de votre seconde hypothèse... Et je pense qu'il n'y a aucun manque de sympathie à formuler ces propos en de telles circonstances. LP
Par : Léo P. - 2009-09-25

Oui les contrôleurs aériens forment une corporation aussi solide que celle des pilotes de ligne en France. L'article "à sensation"du Figaro semble être télécommandé. Le rapport commandé et reçu par le Ministre en 24 h chrono ne fait pas plus sérieux. Tout juste sert il à tenter de calmer le jeu. La suspicion distillée jette le trouble sur un paramètre capital du transporta érien : la sécurité tant à l'apporche qu'au décollage. Espérons que les dégats collateraux ne seront pas trop importants pour ce secteur d'activité ébranlé. A moins que cette article soit le pavé dans la marre avant négociations sociales. Mais à trop jouer les apprentis sorciers...
Par : LIGNE BLEUE DES VOSGES - 2009-09-28


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